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75 •G42

Vrin

Rom, Lang 11-21-29 20517

La Formation historique

de l'Économie politique

AVANT-PROPOS

L'étude de l'économie politique devient, de nos jours, indispensable, au milieu de cette foule de phénomènes nouveaux, complexes, au moins dans leur apparence, qui semblent orienter les esprits, même les plus avisés, vers des conceptions de la vie sociale quelque peu tumultueuses, si j'ose ainsi m'exprimer. La connaissance de la science économique est devenue d'autant plus utile, qu'à la suite de ces visions fallacieuses la logique impitoyable des faits est oubliée, el savants et hommes de gouvernement tendent à obéir à des préoccupations passagères, dont le résultat essentiel est celui de tourner les difficultés au lieu d'affronter hardiment leur solution.

Le monde économique et le monde politique vivent actuellement d'un système de contradictions grâce auquel les hommes essayent de se tromper réciproquement, reprennent d'une main ce qu'ils avaient donné de l'autre, détruisent le lendemain ce qu'ils avaient bâti la veille, compliquent les affaires les plus simples et apaisent enfin leur conscience par des efforts continuels de crédulité. Notre époque n'est, hélas ! qu'un immense laboratoire où la fièvre de la

recherche empêche la perception d'une réalité souvent facile et visible. Nous pouvons remarquer les traces de cette inquiétude des esprits en art et en science autant qu'en politique. Tous, artistes et penseurs, paraissent voués surtout à la poursuite d'une formule, d'une panacée, d'une nouvelle pierre philosophale qui transformera le roc des vicissitudes humaines dans on ne sait quel jardin de beauté et de bonheur.

Cependant, ce déchaînement de théories est près d'atteindre un paroxysme qui nous fatigue et d'où il conviendra de revenir. Les apôtres éternels de nervosité, les amateurs d'irrésolu en art, par exemple, ne nous intéressent plus comme autrefois, si bien que le public intelligent détourne peu à peu ses yeux de leurs tentatives innovatrices pour se retremper dans la contemplation des œuvres classiques des maîtres. On éprouve, en somme, en art, une lassitude invincible, suivie heureusement d'un désir puissant d'harmonie, d'équilibre, de santé.

Le même phénomène se produit lentement en politique. Après avoir accordé un crédit enthousiaste à certaines institutions, nous sommes portés, maintenant, à dresser soigneusement le bilan des bénéfices et des pertes causées par elles. De toutes parts nous assistons à ce fait nouveau d'un chorus de reproches adressés à ces institutions dont nous croyions, jadis, que dépendait le salut.

Comme l'art reprendra bientôt, et délibérément, le chemin de la beauté, ainsi les luttes sociales se poursuivront, dans un avenir prochain, sur le terrain de la sincérité et de la liberté.

L'économie politique est précisément une grande

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maîtresse de liberté et de sincérité. Elle nous apprend que nulle conquête sociale n'est durable si elle ne sert pas de véhicule à une plus grande liberté, et nul compromis entre les hommes n'est stable si l'utilité réciproque n'en constitue pas le fondement. L'économie politique nous dit cela crûment, sans ambages, en se servant de l'expérience, de notre propre expérience. Elle avertit les oppresseurs de la caducité de leur œuvre par l'étalage des désastres dont elle est productive. Elle ranime les opprimés grâce à la certitude de victoire qu'elle leur donne. Et elle fait cela, non pas en se servant de menaces lointaines ou en suscitant de vaines espérances, mais en établissant le calcul des pertes et des profits pour chacune des parties en cause.

Qu'est-ce donc que l'économie politique? Des écrirains habitués à s'arrêter préférablement aux questions de détail en ont fait une classification plus ou moins claire et logique des différents phénomènes qui se produisent au cours de la formation, de la répartition, de la circulation ou de la consommation des richesses. Auguste Comte, dans son Cours de philosophie positive, prononça contre ces littérateurs stériles un jugement extrêmement sévère. Le résultat final de leurs interminables discussions, dit-il, « est, << le plus souvent, de dénaturer profondément les pré« cieuses indications primitives du bon sens vulgaire ». Ainsi, par exemple, ajoute-t-il, « tous les hommes sensés «attachaient d'abord un sens nettement intelligible

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aux expressions de produit et de producteur ;. depuis que la métaphysique économique s'est avisée « de les définir, l'idée de production, à force de généralisation, est devenue vague et indéterminée » (1). L'économie politique ne consiste pas seulement en un choix de formules d'une signification douteuse : elle est un organisme philosophique issu des réalités de l'histoire. Et si son domaine peut paraître restreint, la portée de ses théories dépasse indubitablement le cercle proprement dit des faits dont elle est appelée à s'occuper plus spécialement. Nous nous apercevons de leur caractère, en quelque sorte universel, en remontant aux origines de cette science.

L'économie politique est née d'un besoin irrésistible de liberté. C'était au milieu du xv siècle. L'Europe avait été bouleversée par les excès du mercantilisme, La France traversait une crise particulièrement grave où l'avaient plongée tour à tour les guerres ruineuses de Louis XIV, la catastrophe du système financier de Law, l'oppression intolérable de la noblesse et du clergé, le fardeau écrasant des impôts. Effrayés par le spectacle d'une misère aussi grande, certains esprits clairvoyants essayèrent de ramener un peu de calme et de justice dans la vie nationale. Il leur semblait, en effet, que l'Etat s'égarait dans un dédale d'expédients et de mesures artificielles qui éloignaient les hommes de la réalité.

L'économie politique, par conséquent, puisait ses origines dans l'organisation défectueuse de la vie sociale et politique, dans l'abus du pouvoir, dans

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